Réveille le héros qui sommeille en toi!

jeudi 14 novembre 2013

Typhon Haiyan: l’aide de la CRS est en route

Beatrice Weber, cheffe du service Gestion de catastrophes de la Croix-Rouge suisse, est responsable des opérations menées par la CRS aux Philippines. Elle nous raconte le travail concret de tous ceux qui s’engagent.









Beatrice Weber, face aux images bouleversantes que nous livrent jour après jour les médias, beaucoup se demandent pourquoi l’aide met si longtemps à arriver aux victimes. Que leur répondez-vous? 

Si nous le pouvions, nous enfilerions tous dans l’heure une paire de bottes pour aller aider ces gens. Mais il y a une chose qu’il ne faut pas oublier: notre partenaire est sur place depuis le début. La Croix-Rouge philippine était même à pied d’œuvre avant que le typhon n’atteigne les côtes. Nos homologues évacuent et aident les habitants depuis déjà plusieurs jours.  
Convoi humanitaire de la Croix-Rouge philippine en route pour Leyte.
© Croix-Rouge philippine
En réalité, notre Société sœur mène de front quatre opérations: à part Haiyan, elle vient en aide aux victimes d’un autre typhon, Bopha, qui avait frappé le pays l’hiver dernier, s’engage en faveur des populations touchées par les inondations de l’été et intervient dans la région secouée par le fort séisme du mois dernier, qui se trouve être la même que celle qui vient d’être dévastée par Haiyan. Nos collègues philippins sont certes des professionnels, mais nous ne devons pas perdre de vue que bon nombre d’entre eux font aussi partie des victimes. 

L’aide internationale n’en est-elle pas d’autant plus urgente?
Il faut accepter de devoir être patients. Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge englobe à lui seul 189 pays tous disposés à aider dans la mesure de leurs moyens. Cela implique un énorme travail de coordination. Il faut avant toute chose déterminer les différents besoins et savoir qui acheminera quoi, où et surtout comment. Il serait absurde que tout le monde envoie la même chose.
Cela semble logique… mais qu’en est-il sur le terrain, est-il difficile de respecter les plans établis?
La situation exige beaucoup de chacun de nous. Il faut se rendre compte que beaucoup de routes et de ponts sont détruits, de même que de nombreuses pistes d’atterrissage et installations portuaires. Cela dans un pays constitué de 7000 îles. Nous avons reçu des photos aériennes de régions dévastées dans lesquelles personne n’a encore pu se rendre. Voilà les conditions dans lesquelles nous devons transporter des millions de tonnes d’eau et de biens de secours. On ne peut pas tout envoyer par Facebook…
Distribution d’eau potable et de denrées dans le nord de Cebu
© Jarkko Mikkonen/Croix-Rouge finlandaise
Lorsqu’une catastrophe survient, beaucoup de gens veulent aider et donnent de l’argent. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ce soutien financier est si urgent?

Les situations d’urgence exigent de débloquer immédiatement des moyens importants. Nous gérons en plusieurs points de la planète des entrepôts de biens de première nécessité, entre autres en Malaisie. C’est ce qui nous a déjà permis d’acheminer sur place des tentes, des ustensiles ménagers et des outils. Dès que possible, nous achetons des produits régionaux, ce qui a pour effet de soutenir l’économie dans les parties du pays moins touchées par la catastrophe. La CRS a engagé hier un million de francs au titre de l’aide d’urgence. Rassembler de telles sommes en un laps de temps si bref n’est possible que grâce à la générosité des donateurs.

Distribution de kits familiaux de la CRS par des bénévoles
après le passage du typhon Bopha, en décembre dernier © CRS, Carlos Ortega
La CRS a beau ne pas être la plus grande des organisations humanitaires, elle n’en constitue pas moins un rouage important de l’aide internationale. Concrètement, quelle est notre contribution?  
Nous sommes connus et reconnus dans le monde pour nos compétences dans le domaine logistique. L’un de nos responsables de projet a déjà pu s’envoler dimanche, il a été suivi par un logisticien mardi. Les six membres de notre équipe logistique se tiennent prêts à intervenir au besoin. Nous verrons plus tard où nous pouvons encore être utiles.
S’il y a une chose qui me frappe toujours dans le cadre de la collaboration avec le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, c’est que toutes les équipes font leur maximum. Aujourd’hui, je suis pleine d’admiration pour nos collègues philippins et le formidable travail qu’ils accomplissent. Je suis fière que nous puissions les soutenir.

De nombreux bénévoles frappent à la porte de la Croix-Rouge philippine,
qu’ils aident par exemple à préparer des colis en faveur des victimes,
ici des familles de la région des Visayas. © Croix-Rouge philippine


Questions: CRS, Sibylle Dickmann

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lundi 4 novembre 2013

Du bon pain de bon matin

Dans la ville de Zahlé, au Liban, la Croix-Rouge approvisionne les réfugiés syriens en pain. Karl Schuler, collaborateur de la Croix-Rouge suisse (CRS), était sur place lors d’une distribution.











En ce dimanche matin, nous quittons Beyrouth de bonne heure pour arriver à temps à Zahlé, à mi-chemin entre la capitale libanaise et Damas. La distribution de pain débutant à 7h30, nous ne sommes pas peu fiers d’avoir sauté du lit sans broncher à 5h.
Jusqu’à ce qu’à notre arrivée, Wahel Ibrahim de la boulangerie LATOUR nous annonce que lui et ses dix employés se sont levés à 3h pour préparer les quelque 2000 galettes de pain qu’il nous présente avec satisfaction. Autant dire qu’en comparaison, notre réveil au point du jour tient plutôt de la grasse matinée…


Sur mandat de la Croix-Rouge, les boulangers ont réalisé des pitas (galettes de pain typiques) qu’ils distribuent à des familles de réfugiés syriens. En fonction du nombre de bouches à nourrir, chacune d’elles reçoit entre un et plusieurs kilos de ce pain qui se conserve pendant plus d’une semaine. Wahel Ibrahim, 32 ans dont 14 dans le métier, assure n’avoir jamais préparé autant de pitas dans sa boulangerie.

Dans les camps de réfugiés environnants, les familles les plus démunies ont été identifiées par des bénévoles de la Croix-Rouge libanaise, si bien qu’aujourd’hui, 300 personnes font la queue pour recevoir du pain. Dans la foule, on remarque aussi quelques enfants et adolescents qui ont enfourché leur vélo rouillé ou leur vélomoteur afin de ramener à bon port leur précieuse cargaison.


Pour le Liban, un pays quatre fois plus petit que la Suisse, l’afflux de réfugiés représente à tout point de vue un défi considérable. Au moins 1,2 million de Syriens ont déjà été accueillis sur ce territoire qui ne comptait jusqu’alors qu’un peu plus de 4 millions d’habitants. En une douzaine de mois, la petite ville chrétienne de Zahlé, située dans la plaine fertile de la Bekaa, a vu sa population doubler, passant de 25 000 à plus de 50 000 habitants. Seuls 10% environ des réfugiés syriens peuvent se permettre de résider dans une maison ou dans un appartement au sens traditionnel du terme.


Les autres louent pour la plupart une pièce au loyer souvent exagéré dans un immeuble en construction, un garage ou tout autre refuge. Quant aux 30% restants, les plus pauvres, ils occupent pour 60 francs par mois un abri de plastique et de bois dans l’un des 55 camps provisoires disséminés à travers la plaine de la Bekaa. Pour réduire les coûts, deux ou trois familles se partagent les tentes les plus grandes, où elles aménagent un coin cuisine pour préparer du thé chaud et des repas simples à l’aide d’un réchaud.


Ali Issa a fui Alep il y a bientôt une année en compagnie de sa femme et de leurs trois filles. Avant de quitter la Syrie, ils ont été contraints de brader un terrain afin de subvenir à leurs besoins, puis se sont installés tous les cinq ici, dans un abri qu’ils partagent avec une autre famille. Ali ne trouve du travail que par intermittence. Embauché comme journalier dans une vaste exploitation agricole de la Bekaa, il cueille alors des tomates ou ramasse des pommes de terre. Nous l’accompagnons à l’intérieur de son logement provisoire, où sa femme Sanaa nous accueille à bras ouverts. Ce pain frais, tout le monde l’a attendu avec impatience. Et Sanaa de confier qu’elle a accumulé une certaine expérience dans l’art de le conserver le plus longtemps possible afin de compléter les repas quotidiens.




lundi 28 octobre 2013

Réflexions sur un anniversaire

150 ans du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge: En automne 1863, l’idée de la Croix-Rouge prenait forme et acquerrait une dimension internationale au terme d’une Conférence internationale tenue à Genève. Dans les années qui suivirent, commencèrent à se créer des comités locaux et des sociétés nationales, pour constituer aujourd’hui le plus grand réseau humanitaire du monde. L’utopie de Dunant devenait réalité !


Philippe Bender, Historien,
Service de la Communication de la CRS

Le 29 octobre 1863 naissait à Genève le mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. A l’issue d’une Conférence qui réunissait des représentants de quatorze Etats européens, de médecins militaires et d’organisations philanthropiques. Une résolution finale invitait tous les pays à créer des comités ou des sociétés de secours aux soldats blessés lors de conflits armés.

Cette Conférence répondait à l’appel prophétique lancé dans « Un souvenir de Solférino » publié en automne 1862 par Henry Dunant (1828-1910) suite à l’expérience dramatique qu’il avait vécue au lendemain de la bataille de Solférino, le 24 juin 1859.

La bataille de Solférino. Par Carlo Bossoli, Museo Nazionale del Risorgimento, Turin. Photothèque CICR
Solférino, l’une des plus grandes batailles du XIXe siècle. L’un des plus affreux carnages aussi. La mêlée a été furieuse entre les deux armées, française et piémontaise, d’une part, et autrichienne, d’autre part, commandées par les empereurs Napoléon III et François-Joseph. Dans les deux camps, les pertes sont terribles: 40.000 morts et blessés. Devant une telle boucherie, les services de santé des armées sont impuissants: un chirurgien pour 1000 hommes; des brancardiers mal instruits; les caisses de médicaments et de bandages restés à l’arrière du front.

Henry Dunant est accouru sur les bords du Lac de Garde pour affaires, il veut entretenir l’empereur des Français de ses litiges avec l’administration coloniale algérienne. Mais il découvre l’horreur. L’église de Castiglione pleine de soldats à l’agonie: le sang qui ruisselle sur les dalles, et l’odeur de la gangrène qui prend à la gorge. Alors, il oublie son intention première, et porte aide aux blessés, laissés sans soin et voués à une mort certaine. Sans discrimination entre les ennemis d’hier. Le banquier se transforme en «bon samaritain», avec le concours des femmes de Castiglione au cri de «Tutti fratelli !»

Un Souvenir de Solférino 1862

De retour à Genève, il veut témoigner. Et « comme soulevé..., dominé par une force supérieure et inspiré par le souffle de Dieu » il écrit Un Souvenir de Solférino.
L’ouvrage sort de presse à la fin octobre 1862. Dans une édition de luxe, réservée aux cours et aux chancelleries d’Europe, car Dunant veut convaincre les gouvernements du scandale que représentent les soldats abandonnés après le combat. Sa foi chrétienne, sa croyance en «la pensée morale de l’importance de la vie d’un homme », sa culture, faite d’humanisme et de cosmopolitisme, tout le porte à secouer les consciences de son temps.
Alors, il interpelle les puissants et l’opinion publique aussi. Un Souvenir de Solférino rencontre un succès immense. De partout les félicitations affluent. Têtes couronnées, ministres, généraux, écrivains, philanthropes, tous félicitent Henry Dunant.

Al Moadamia, Syrie. Un couple est évacué dans un véhicule croix-Rouge.Ibrahim Malla/IFRC
Mais sont-ils vraiment prêts à souscrire à ses idées maîtresses : créer des comités permanents de secours aux blessés, les futures Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ; déclarer neutres les blessés, le personnel et le matériel sanitaire ; élaborer un droit de la guerre qui protège au milieu des combats ?

Ce sera l’œuvre patiente d’une poignée de Genevois, emmenés par Gustave Moynier, de concrétiser les intuitions géniales d’Henry Dunant. En diffusant les idéaux de la Croix-Rouge, en les adaptant aux circonstances. En élargissant le cercle des bénéficiaires de l’action et du droit humanitaires.

Une poignée de Genevois visionnaires

Gustave Moynier (1826-1910), un juriste, président de la Société genevoise d’utilité publique (SGUP). Une institution influente de l’élite protestante et libérale, qui gère des dizaines d’établissements et de fonds charitables. Gustave Moynier prend la mesure des événements, saisit vite que les idées de Dunant vont modifier de fond en comble le sort des victimes des conflits armés. Il met donc ses compétences et le poids de la Société genevoise d’utilité publique au service de Dunant. En inscrivant à l’ordre du jour de la séance du 9 février 1863, un point 3: De l’adjonction aux armées belligérantes d’un corps d’infirmiers volontaires (Conclusion du livre de M. Henri Dunant, intitulé: Un Souvenir de Solferino)

Cette séance du 9 février est un premier encouragement pour le nouveau membre Henry Dunant (son adhésion à la SGUP date du 8 décembre 1862), puisqu’elle débouche sur la désignation d’une commission de cinq membres, chargée de rédiger un mémoire à l’intention du Congrès de bienfaisance qui doit s’ouvrir, à Berlin, en novembre. Ces cinq membres sont des personnalités de premier plan: outre Dunant, Moynier lui-même, les docteurs Appia (1818-1898) et Maunoir (1806-1869), le général Dufour (1787-1875) enfin, figure emblématique de la jeune Confédération. 

Cinq Genevois visionnaires.

Le 17 février 1863, la commission siège pour la première fois, et décide de se constituer en comité international permanent, indiquant par là qu’elle entend poursuivre sa tâche, une fois rempli le mandat décerné par la Société genevoise d’utilité publique. Car ses cinq membres croient maintenant ferme en l’œuvre naissante, et veulent dépasser le cadre étroit de leur cité. En sept séances, le Comité des Cinq va donner forme aux trois principales intuitions de Dunant: la neutralisation des victimes, du personnel et du matériel sanitaire; la création de comités nationaux permanents de secours aux blessés, les futures Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge; l’aménagement d’un espace protégé par le droit au milieu des batailles, ce qui deviendra le Droit international humanitaire

La Conférence de Genève de 1863

Dunant et Moynier élaborent rapidement un projet de concordat en dix articles, et l’expédient dans toute l’Europe. Puis ils convoquent une Conférence internationale pour le 26 octobre 1863, à Genève. Au jour prévu, 18 délégués de 14 gouvernements s’annoncent; les grandes Puissances sont présentes. La Suisse a dépêché le docteur Lehmann, médecin en chef de l’armée, et le docteur Brière, médecin de division. A leurs côtés, deux délégués des Sociétés d’utilité publique des cantons de Vaud et Neuchâtel, le pasteur Moratel et le professeur Sandoz.

Après quatre jours de délibérations, la Conférence « désireuse de venir en aide aux blessés, dans le cas où le Service de santé militaire serait insuffisant » adopte dix Résolutions et trois Vœux, qui constituent la Charte fondamentale de la Croix-Rouge.

La première Convention de Genève de 1864

Restait à inscrire dans le droit des gens les normes qui délimitent un espace humanitaire, neutralisé, sur le champ de bataille. Ce sera l’affaire de la Conférence diplomatique, convoquée, par le Conseil fédéral, en août 1864. Pendant deux semaines, 26 diplomates de 16 Etats se réuniront dans la salle de l’Alabama, à l’Hôtel de Ville de Genève. Le 22 août, ils adopteront la « Convention pour l’amélioration du sort des Militaires blessés dans les armées en campagne », la première Convention de Genève. Amendée à plusieurs reprises, elle sera finalement remplacée, en 1949, par quatre Conventions nouvelles, dites de Genève également.

Signature de la convention de Genève le  22 Août 1864.
La Convention de 1864 retiendra la plupart des propositions du Comité des Cinq. Quel chemin parcouru! Il est vrai que la création de la Croix-Rouge apportait une réponse aux angoisses de l’époque, marquée par l’irruption des « guerres nationales aux allures déchaînées » (maréchal Foch), par l’avènement de la guerre industrielle, de la guerre de masse. La Guerre de Sécession américaine (1861-1865) avait ouvert la voie par l’ampleur des effectifs engagés, l’importance de la technique et de la logistique, et par la mobilisation totale des ressources des belligérants. Et surtout par l’énormité des pertes humaines, qui se chiffraient en centaines de milliers de victimes (plus tard, au XXe siècle, en millions), et par l’étendue des destructions matérielles.

Détail du grand panorama Bourbaki
Certes, la démarche du Comité des Cinq s’inscrivait dans une longue tradition de compassion. A chaque époque l’on vit de lever le drapeau de la charité et de la bienfaisance envers les victimes des guerres, des épidémies et des catastrophes. Rappelons, par exemple, les ordres des Templiers, de Malte ou de Saint-Jean, ou encore l’engagement, souvent héroïque, des chirurgiens dans les armées, soignant et pansant jusqu’à la limite de leurs forces. Un Larrey dans les armées napoléoniennes, un Pigorov lors de la Guerre de Crimée.

Une vision de l’homme

Mais ce qu’il y avait de nouveau, d’extraordinaire, dans la Croix-Rouge, c’est l’esprit et les principes qui la guideront. Désormais, l’on soulagera les souffrances de tous, sans discrimination. Qu’importe l’étendard, la cause, la nationalité, l’idéologie, la race, le militaire blessé doit être soigné sans retard et sans réserve. Car un soldat blessé n’est plus un ennemi, mais un être qui mérite assistance. Cette vision de l’homme traduisait l’humanité partagée de tous. Et c’est pour cela que l’idéal de la Croix-Rouge a pu conquérir les esprits avec une vitesse qui surprend. En cinq ans, depuis la bataille de Solférino, le 24 juin 1859, jusqu’à la signature de la première Convention de Genève, le 22 août 1864, l’utopie devient réalité. Des sociétés de secours volontaires sont constituées dans tous les grands Etats d’Europe, puis d’Amérique, au Japon et dans l’Empire ottoman. Puis, à mesure que se poursuit la décolonisation, sur tous les continents.

Grande fête pour les 125 ans du mouvement international de la Croix-Rouge à N'Djamena (Tchad). IFRC/Liliane de Toledo
Elles sont 189 aujourd’hui, qui recouvrent la quasi-totalité du monde et agissent lors de conflits armés, d’entente avec le CICR, et en temps de paix aussi, dans les domaines de la santé et du travail social, mais aussi dans l’urgence, lors de catastrophes naturelles, de famines, d’épidémies, de déplacements forcés de populations notamment.

Le droit international humanitaire s’est élaboré et affiné ; il s’est imposé aux Etats souverains malgré ses lacunes. La guerre n’est plus ce moment d’extrême barbarie, où les hommes sont des loups pour les hommes selon le mot de Plaute—Homo homini lupus est. Les crimes de guerre et contre l’humanité, les actes de violence sans bornes sont poursuivis et condamnés.Il fallait rappeler ces premières années de la Croix-Rouge en cet anniversaire. Rappel nécessaire et hommage mérité à l’œuvre de la Croix-Rouge, en temps de guerre et en temps de paix. A son apport à la civilisation, au monde. A des millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

Deux bénévoles du Croissant-Rouge syrien Syrian portent une femme vers une hypothétique et provisoire sécurité. Ibrahim Malla/IFRC

A ces éloges, même appuyés, comment ne pas associer le pays qui l’a vu naître l’institution? La Suisse et Genève. La Suisse, sa politique de neutralité et son engagement humanitaire. Genève, patrie de cette poignée de visionnaires issus de la Société d’utilité publique et nourris de l’esprit de service. Sans la conjonction de ces deux forces, la Croix-Rouge aurait-elle vu le jour, et le DIH son essor ?
Et demain, quels défis ? La Croix-Rouge, fruit d’une civilisation mortelle, ou expression de l’éternelle dignité humaine ?


La Croix-Rouge et la Suisse

Portée par des Genevois, par la Suisse, elle put naître, cheminer et gravir la pente rugueuse parfois. Oui, c’est un fait, la Croix-Rouge est née en Suisse. Elle y a pris racine et prospéré, notamment grâce à l’Esprit de Genève et à la politique de neutralité. Grâce aussi à un peuple suisse qui n’a jamais mesuré sa générosité dans les temps difficiles. Les deux emblèmes, la croix rouge et la croix blanche, qui distinguent notre nation, vaut bien une mention et le souvenir des paroles de ces deux magistrats : le conseiller fédéral Friedrich Traugott Wahlen : «La Croix-Rouge était le plus beau cadeau que la Suisse ait fait à la communauté des peuples».

Et son collègue Hans-Peter Tschudi: «S’il fallait justifier l’existence de notre petit Etat suisse, cette création (la Croix-Rouge) et sa gestion fidèle durant plus d’un siècle pour le bien de tous les habitants de la terre, seraient, à elles seules, une justification suffisante…Notre bannière nationale est depuis cent ans étroitement liée à l’idée de charité et de miséricorde…»


Affiche de souscription pour la Croix-Rouge Suisse: 1921.

Le rappel des liens étroits entre la Suisse et la Croix-Rouge ne saurait fournir prétexte à un nationalisme humanitaire. Mais il doit enrichir le débat sur le rôle de notre pays, de sa diplomatie dans la construction de relations internationales fondées sur la liberté, l’égalité et la justice. Sur les devoirs qui nous incombent pour demeurer fidèles à l’idéal d’Henry Dunant, en promouvant la solidarité envers les plus vulnérables, en défendant l’intégrité de chaque personne, en œuvrant à la paix et à la justice, au-delà du choc des civilisations.

Mais surtout, parce qu’elle puisait aux racines de l’homme, la Croix-Rouge a conquis le monde. Puisse-t-elle franchir les siècles qui viennent !